Changement de ton le 12 avril 1910: le texte de Pascot, beaucoup plus court, traduit une certaine désillusion devant l'impiété qui gagne le village: "Malgré l'indifférence et le respect humain (sic) qui règnent en maîtres dans la localité, une assis tance assez nombreuse vint faire escorte à Monseigneur l'Evêque, en prenant part a la procession qui vint le prendre au presbytère. "
Un peu plus loin, cette phrase elle aussi très révélatrice : "Arrivé sur le seuil de la porte, Monseigneur félicita le ch½ur de chant, uniquement composé de quelques demoiselles."
Bien entendu, les violentes querelles nées lors de la séparation de l'Eglise et de l'Etat sont passées par là. On est tout de même surpris de voir les habitants de Baillestavy faire preuve d'un comportement assez rare en Conflent: peut-être faut-il y voir l'influence du syndicalisme ouvrier qui a pu gagner les mineurs de fer de Rabollèdes. L'état civil nous invite à suivre cette piste, puisqu'on y voit Adolphe Fons, chef de poste aux mines de Rabollèdes, donner à son fils le prénom de "Clémenceau" (encore que le ministre radical ne soit pas le meilleur ami du syndicalisme ouvrier !).
Il y avait donc à Baillestavy toute une partie de la population anticléricale au point de refuser parfois les sacrements, ainsi que le note fidèlement Jean Pascot sur son livret. Et d'abord, le mariage: un couple vit en concubinage et quatre sont mariés civilement, au grand dam du curé, qui consigne avec la plus grand soin que "Romeu Pierre (dit Parich) et Mademoiselle Payré Thérèse se sont mariés civilement le samedi 5 octobre 1907 a midi, veille de la fête du Rosaire"
Il n'est pas jusqu'à Paul Lafage, le fils de l'ancien carillonneur, qui décide lui aussi de se passer de la bénédiction de l'église. Où allons-nous ? Les enfants non baptisés se multiplient, notre curé en recense douze, dont certains portent des prénoms aussi insolites que "Clémenceau" ou "Libéral". Les familles les plus atteintes sont sans doute les Fons, les Romeu, les Lafage, les Mestres, que le curé, en 1911, au moment ou il quitte Baillestavy, signale à son successeur. Même la mort, qui faisait tellement peur que tout le monde demandait le secours du prêtre, laisse indifférentes certaines familles.
Parmi les trois morts enterrés civilement, il en est un qui dut faire beaucoup crier dans le village : il s'agit d'André Mestres, le fils de Michel Mestres, dit Kaloune. Michel Mestres était lui-même le fils d'Etienne Mestres, de Can Just, surnommé Estevenol. Né le 21 octobre 1905, le petit André Mestres n'avait pas été baptisé. Aussi, quand il meurt quatre mois plus tard, le curé refuse de l'enterrer religieusement. Qu'à cela ne tienne, il sera le premier mort de Baillestavy à bénéficier d'un enterrement civil en grande pompe: le dimanche 11 février, à l'heure de la messe, tout le village assiste à la cérémonie, marquant ainsi sa désapprobation a l'égard de Jean Pascot. Et Michel Mestres n'aura pas peur de donner à son second enfant le prénom de "Libéral" et de l'écarter des fonts baptismaux, malgré les protestations de son épouse.
listoire et fini.